Tartuffe

 

Le Tartuffe est annoncée une comédie ; en grande partie en raison de son heureux et invraisemblable dénouement du cinquième acte, dénouement en forme d’hommage adressé au souverain éclairé et omniscient, et qui remet ordre et justice dans la famille d’Orgon. La première version du Tartuffe (interdite et disparue) ne comportait sans doute que trois actes et s’arrêtait sur la victoire du religieux fourbe.

 

Pour autant, Le Tartuffe est une pièce violente ; mariage forcé, pudibonderie, ordre moral, toute puissance masculine, maison recluse, trahisons et abus de confiance, enfants déshérités… le tout dans un contexte de domination absolue du religieux.

 

Pour autant, Le Tartuffe est aussi une pièce politique

La famille d’Orgon ne serait finalement que la représentation d’une société en possible devenir, dans laquelle l’ordre moral le plus rigoureux, ne fut-il qu’hypocrisie, règnerait en maître.

 

Le Tartuffe aborde la question de l’intégrisme religieux ; les religions, parce qu’elles se réfèrent à un absolu – le divin -, connaissent toutes la tentation de l’intégrisme ; intégrisme qui se construit sur une volonté de pouvoir social et politique, et (ou) sur une crispation identitaire.

Les dévots du XVIIème siècle, dont la volonté de toute puissance est ici attaquée par Molière, ne sont qu’une variante des intégrismes d’aujourd’hui. Et peu importe finalement que Tartuffe soit un vrai ou un faux dévot ; il représente la menace d’une toute puissance et d’un envahissement du religieux et de son cortège d’archaïsmes faisant régner dans la maisonnée une terreur morale et physique.

Quelques pistes qui ont guidé ce projet :

 

Au 20ème siècle et jusqu’à la chute du mur de Berlin – ce n’est pas si loin – les grandes lignes de tension mondiales portaient sur l’affrontement idéologique Est-Ouest, c’est-à-dire le libéralisme opposé au communisme. Depuis, cette ligne de tension s’est déplacée.

 

La question religieuse est devenue centrale.

 

A l’aube de ce XXI° siècle, dont Malraux aurait affirmé « qu’il serait religieux ou ne serait pas », le retour en force du religieux place cette question au centre de notre avenir.

 

En France, l’islam, devenu la deuxième religion, se manifeste avec vigueur et souhaite prendre toute sa place aux côtés d’un catholicisme revigoré ; et les intégrismes ressurgissent avec leur cortège d’archaïsmes.

 

Tartuffe 2012 est un spectacle multi-confessionnel et se situe au confluent des trois religions monothéistes.

 

 

 

Ce Tartuffe se veut résolument contemporain, et se déroulera en ce début du 21ème siècle, quelque part en France.

Orgon et Tartuffe, frères de religion, porteront le même costume, la même barbe exhibée et les mêmes cheveux très courts. La barbe reste symboliquement et physiquement un attribut essentiel de la domination masculine : « Quoi ! se peut-il, Monsieur, qu’avec l’air d’homme sage et cette large barbe au milieu du visage… » dit Dorine qui, elle, maigre et sans doute épuisée, fera écho à Arnolphe dans l’école des femmes « Votre sexe n'est là que pour la dépendance : du côté de la barbe est la toute-puissance. »

 

 

 

 

Car Tartuffe est aussi et peut-être, surtout, une pièce qui parle de l’humain, de « ces pauvres humains », qui, tels Orgon, s’enferrent obstinément et aveuglément dans l’erreur.

Et c’est en ce sens que Tartuffe reste avant tout une grande comédie.

 

 

Dessin de l’exposition Bruno Théry

(format 180*110)