Presse Europeana

 

 

"COUP DE CŒUR POUR « EUROPEANA » UNE CREATION DE LA COMPAGNIE LUCATHEATRE

 

Les spectateurs de Festiv’Aux amphis ont eu en juin dernier, un aperçu de cette nouvelle idée de Laurent Vercelletto.

Le texte de Patrick Ourednik n’est pas une pièce de théâtre, ce n’est pas non plus un livre d’histoire, ni un scénario de film, ni un roman. C’est plutôt une sorte de générique de notre XXe siècle, un sommaire, exhaustif, foisonnant de détails farfelus et d’événements graves. Dans ce qu’il faut bien finir par appeler une représentation, les mots de l’auteur, la réalisation et les subterfuges du metteur en scène donnent vie à une véritable bande dessinée sans héros.

C’est rafraîchissant, écrasant, drôle… on y passe l’Histoire à la moulinette du dérisoire. Entre l’invention du soutien gorge ou de la poupée Barbie, se glissent les génocides, la psychanalyse ou Salvador Dali. On sortira ému et fasciné de ce grand bric à brac décoiffant."

 

Monique Desgouttes - LE PROGRES - 21 sept 2014

 

Théâtre à Festiv’Aux Amphis

Théâtre, danse, musique : comme chaque été, la programmation de Festiv’Aux Amphis a affiché une programmation établie en complicité avec les artistes en résidence dans la ville. Trois jours de festival ouverts à tous et gratuits.

Rien de plus revigorant que de voir  des amateurs franchir le pas qui va du public à la scène : la compagnie du  LucaThéâtre et celle de la chorégraphe Anan Atoyama (voir article “Festiv’Aux Amphis, entre corps et mots”) irriguent depuis plusieurs années la ville de leur travail. Festiv’Aux Amphis permet de montrer différentes facettes de leurs actions artistiques, et comment se nouent des amitiés et des partenariats, avec les associations, les centres sociaux, le conservatoire de musique, la MJC. Ainsi, du théâtre à la danse, au fil de deux soirées, la programmation permet aux petits comme aux grands de découvrir des auteurs, des pratiques culturelles et des textes.

Sous les augures d’ “Un certain regard sur le 20è siècle”, la compagnie LucaThéâtre a proposé trois spectacles le 26 juin. Le premier, “ C’est la guerre”, a permis de fait résonner la voix d’un grand écrivain, Louis Calaferte, qui revient sur la guerre de 39-45 telle qu’il l’a vécue enfant. Cinq Vaudais participant aux ateliers théâtre donnés au centre social Levy ont lu ses textes au pupitre avec conviction. “Débrayage”, mis en scène par une actrice du LucaThéâtre, Rose Giovanini, a propulsé sur la scène des Amphis une douzaine d’adultes

Européana

Cela commence par un compte à rebours : sur écran vidéo, défilent des images noir et blanc de lancers de fusées et de cosmonautes engoncés dans leurs combinaisons. Des images vues des centaines de fois, et qui ont donc perdu leur caractère de nouveauté : le premier homme qui a marché sur la lune, c’était au siècle passé… Nous voilà replongés dans le chaudron d’une époque finissante, la nôtre, prise en étau entre la première guerre mondiale et l’attentat du New York Center de 2001.

Ce 20è siècle vertigineux, Laurent Vercelletto vient de le faire défiler à vive allure sur la grande scène du théâtre de verdure, aux Amphis, sous le titre de “Europeana, une brève histoire du XXè siècle“. Son spectacle est inspiré en grande partie de l’oeuvre éponyme de Patrick Ourednik, un écrivain tchèque qu’on pourrait classer quelque part entre Georges Pérec et Robert Musil, pour la dérision, le goût de l’inventaire, l’érudition.

Cette “Europeana”, nouvelle création du metteur en scène et directeur du LucaThéâtre a de quoi séduire : un texte formidable ; des comédiens épatants, de la plus jeune recrue, issue des ateliers théâtre de la compagnie, aux plus expérimentés comme Christine Brotons ou Patrice Bornand ; un décor composé de penderies de vêtements sous housse transparente, ce qui permet un affichage vidéo très grand écran, sur ce rideau improvisé, quand les penderies remontent dans les cintres ; une console pour le musicien qui compose à vue, quelques chaises colorées …

A se retourner sur cette époque si proche et si lointaine, notre regard change… “Européana” nous fait toucher du doigt cette chose si fragile : un spectacle ne vaut le déplacement que s’il brasse le monde et chaque spectateur à la fois. Ce fut bien le cas aux Amphis, dans ce magnifique théâtre de verdure bordé par le parc Elsa Triolet. Les acteurs donnent corps au texte, avec quelques chansons à l’appui, et nous livrent des instantanés, des fragments de discours historiques, des clichés qui nous collent à la peau. Même quand l’histoire avec un grand H s’emballe, le spectateur n’est jamais perdu. Les retours en arrière étant aussi fréquents que ses accélérés, il suit pas à pas les digressions du siècle et la frénésie d’une époque riche en évènements comme en stéréotypes

Dans ce spectacle, il n’y a pas de personnage au sens conventionnel, mais des concentrés de figures humaines, assortis de brefs portraits en vidéo qui sont autant d’interviews instantanés sur l’état du monde. Le son est au diapason : de la musique techno à la chanson douce.

Pas une minute, on ne perd le fil du récit qui soude les catastrophes et l’expérience quotidienne des hommes, de l’émancipation des femmes à la poupée Barbie en passant par la dépression, la maladie la plus répandue dans le monde occidental.. “Et les gens continuent de faire comme si de rien n’était ? Et oui….”

Ce spectacle sera redonné en janvier prochain au centre culturel Charlie Chaplin.

 

Françoise Kayser - Vaulx en Velin Journal 14 07 2014

Dessin de l’exposition Bruno Théry

(format 180*110)